On en aura pris des claques lors de cette 33e Ă©dition du Rock Dans Tous Ses Etats ! Si on a apprĂ©ciĂ© la pop lĂ©gĂšre et excentrique d’Alice On The Roof, ce sont les Havrais de NUIT qui ont vĂ©ritablement lancĂ© le festival. Sombre, puissant, Ă©lectrique : un concert parfait de bout en bout. Direction ensuite Grand Blanc et leur Ă©lectro pop galvanisante. L' »Amour Fou » et « Surprise Party » en tĂȘte, ils dĂ©roulent leur rĂ©pertoire face Ă  un public dĂ©jĂ  tout acquis Ă  leur cause. Mention spĂ©ciale pour leur reprise du « Qui est In / Qui est out » de Gainsbourg qu’ils ont su rĂ©habiliter avec talent. On s’est marrĂ© ensuite avec les trublions de Naive New Beaters qui, Ă  grand renfort de vannes entre « Shit Happens » ou « La Onda », finissent d’afficher un sourire radieux sur les visages des pandas, des loups, des licornes autres zĂšbres qui se promenaient dans le public.

La surprise Aaron et des madeleines de Proust

Alors que la nuit finissait d’assombrir le ciel, c’est le rap fiĂ©vreux d’Odezenne qui fit trembler la plaine. Du lancinant « Vodka » au lĂ©gĂšrement trashy « Je veux te baiser », en passant par « Bouche Ă  lĂšvres » ou le classique « Tu pu du cu », les Bordelais nous rappellent qu’ils jouent toujours aussi aisĂ©ment avec les mots qu’avec nos nuques, trois jours aprĂšs on sent encore les courbatures ! HappĂ© par les premiĂšres notes de « Ton Invitation » de Louise Attaque, on file sur la grande scĂšne, car oui, nous les madeleines de Proust, on aime ça ! Du coup, on a pris le temps de goĂ»ter Ă  nouveau la douceur de « LĂ©a » ou l’excitation des « Nuits Parisiennes ».

AprĂšs un passage rapide sous le chapiteau de la House Party d’Ed Banger vient l’instant gros riffs et voix cristalline : les Stuck In The Sound. Sans doute l’un des meilleurs concerts du weekend. Que ce soit avec « Toy Boy », « Pop Pop Pop » ou encore « Tender », le groupe alterne les ambiances, tantĂŽt obscures, tantĂŽt lumineuses, devant un public complĂštement surexcitĂ©.


Stuck In The Sound – Â© Sigried Duberos

Pour ĂȘtre honnĂȘte, on pensait surtout passer voir Aaron en coup de vent le premier soir. Grosse erreur : on a fini par faire le concert en entier. On ne sait pas trop si c’est la prĂ©sence scĂ©nique incroyable de Simon Buret ou bien ces sonoritĂ©s Ă©lectroniques lourdes (mais jamais pesantes) qui nous ont scotchĂ©, mais il faut bien reconnaĂźtre que l’ensemble avait tout d’une folle Ă©popĂ©e lunaire. Du coup, on aura finalement passĂ© trĂšs peu de temps avec le crew Ed Banger, mais vu la folie qui rĂ©gnait sur le dancefloor lors du « Tainted Love » final, gageons qu’ils ont fait le boulot avec brio, comme toujours. Pour terminer, ce sont les 2ManyDJs qui passaient derriĂšre les platines. Et lĂ , mĂȘme si nous n’avons pas boudĂ© notre plaisir en dansant d’un bout Ă  l’autre de leur set, un constat s’impose : le duo semble jouer encore et toujours les mĂȘmes morceaux depuis cinq ans. On aurait aimĂ© entendre « Turn Off The Lights » ou encore « Ti Ricordi Di Me » de la B.O. de Belgica, par exemple. Dommage.

C’est reparti pour un tour !

Ce sont les bonnes grosses vibes du shoegaze popisĂ© de Bantam Lyons qui nous attendaient dĂšs notre arrivĂ©e sur le site le samedi. Et les Bretons sont connus pour leur sens de l’accueil : le quatuor nous a gentiment baladĂ© dans les grandes plaines du nord-ouest, entre pluie ombrageuse et douce mĂ©lancolie.

Direction le blues-beatbox d’Heymoonshaker. Andy Balcon et Dave Crowe sont depuis longtemps rompu Ă  l’exercice de la scĂšne, les rythmiques du second offrant toujours un relief sans commune mesure Ă  la voix Ă©raillĂ©e du premier. Gros concert ! On a aussi pris un beau revers de la main avec l’ovni hollandais Dollkraut et son kraut-rock tirant vers l’acid. Ce fut ensuite le tour de Papooz sur la grande scĂšne. LĂ©ger et nonchalant, leur show sentait bon les 80’s, les cocktails multicolores sur la plage et les corps dĂ©nudĂ©s, le tout sur fond de coucher de soleil, timing parfait ! On a passĂ© notre tour pour Hyphen Hyphen afin de garder des forces pour le post-punk survoltĂ© de Parquet Courts. On a bien fait ! EmmenĂ© par Andrew Savage et Austin Brown, le quatuor nous aura tout bonnement mis sur les rotules, le genre de concert oĂč les riffs de guitare fleurent bon les nuits de Brooklyn, brutes, sombres et Ă©lectriques. Un bonheur !

Heymoonshaker – Â© DR

AprĂšs avoir repris un peu de lĂ©gĂšretĂ© avec Orelsan et Gringe, toujours aussi Ă  l’aise lorsqu’il s’agit de ne pas se prendre au sĂ©rieux, on a fait l’impasse sur Converge. Non pas qu’on ne goĂ»te pas bien volontiers aux grosses rafales de hardcore du groupe New-Yorkais, mais Ă  cette heure, on avait soif de frĂ©nĂ©sie Ă©lectronique, et Madben nous tendait les bras avec sa techno puissante, directe et mĂ©lodique. A peine le temps de fermer les yeux devant les enceintes que la grande scĂšne se rallumait une derniĂšre fois. Method Man et Redman entrent en piste, on fonce. En l’espace d’un instant, on retourne Ă  la Grosse Pomme en mode baggy et backcap ! Ca sent la sueur dans toute la plaine qui s’embrase sur le hip-hop des deux compĂšres. Grosse ambiance, Ă  telle point que l’on aurait pu penser Ă  un concert de clĂŽture. Mais c’est bien Ă  Etienne de CrĂ©cy que reviendra l’honneur de fermer la marche. De « Smile » Ă  « Night », en passant par « You » et « WTF », il revisite son Super Discount 3 dont les synthĂ©s hypnotiques accompagnent Ă  merveille les pas de danse des derniers irrĂ©ductibles restĂ©s jusqu’au bout de la nuit. Un show final qui met un terme de fort belle maniĂšre Ă  cette superbe Ă©dition de ce bastion de la musique live ! Well Done RDTSE !

Meilleur moment : il y en aura exceptionnellement deux, Ă  savoir les concerts de Bantam Lyons et NUIT. Impressionnant !

Pire moment : le festivalier visiblement un peu trop Ă©mĂ©chĂ© qui beugle « Je te baise avec une bouteille de vodka » sur Odezenne. On aurait pu s’en passer. Vraiment.