Il y a de la techno Ă  Peacock, bien sĂ»r. Qui tabasse, de chez nous ou directement importĂ©e d’Allemagne, bref, du 4×4 qui fait bouger les pieds et Ă©crase lourdement le sol du Parc Floral – en quatre Ă©ditions, la grande warehouse de Vincennes devrait ĂȘtre habituĂ©e. Mais il n’y avait pas que ça. Et c’est ça la force de Peacock : une programmation pointue qui n’oublie pas de se diversifier tout en offrant plĂ©thore de collaborations, B2B et petits Ă©vĂ©nements en soi… A l’image d’un Laurent Garnier qui, aprĂšs avoir conclut le festival l’annĂ©e derniĂšre, s’est occupĂ© de l’ouverture des portes avec un set de quatre heures vendredi. Impossible de rater ça : on pĂ©nĂštre dans la warehouse et on est surpris de constater que seulement une cinquantaine de personnes attendent devant les barriĂšres ! Deux heures de set et un beau coucher de soleil auront fini de remplir la warehouse, pour un mix passant de Donna Summer au dernier titre de KiNK « Strings », sans oublier son classique Â«Â Jacques In The Box ».

Un acrobate place un drapeau de la France en hommage aux victimes des événements de NiceUn acrobate place un drapeau de la France en hommage aux victimes des évenements de Nice (Photo : Tiphaine Lachaise)

Allez, dĂ©roulons les coups de coeur 4×4 de cette Ă©dition – le plus doux viendra ensuite, achevons d’abord nos oreilles qui tintent. Rendez-vous Ă  la salle estampillĂ©e Resident Advisor, souvent victime de son succĂšs. La sueur se cristallise sur les carreaux de la petite salle de la cour, et impossible de mettre un pied Ă  l’intĂ©rieur. On prend notre mal en patience en Ă©coutant du bout des oreilles Dax J dĂ©rouler une tabasse qui nous rappelle que la techno est aussi tout un art lorsqu’il s’agit de faire parler la poudre avec prĂ©cision. ?

Le reste du plateau est titanesque. L’Anglais Function, en grande forme, offre un set sinueux, mental. Son mix est Ă  l’image de ses productions : propice Ă  l’égarement et la schizophrĂ©nie. A tel point qu’il nous faut prendre l’air, histoire de ne pas perdre tous nos repĂšres sous les secousses de l’Anglais. Le Français Bambounou accompagnĂ© de sa comparse allemande Margaret Dygas jouent aussi sur cette veine froide et prenante. Si on n’a pas beaucoup entendu de morceaux issus de leur EP partagĂ© See You Soon / Popular Religions, il semble Ă©vident que ces deux-lĂ  partagent une vision musicale tant les enchaĂźnements paraissent simples. Au contraire, la rencontre de Len Faki contre RĂždhĂ„d tourne plutĂŽt au duel et nous offre deux heures de sons denses et froids, aussi. Autre gros succĂšs cĂŽtĂ© techno avec Cyrillic (aka KiNK)pour qui tout le festival semble s’ĂȘtre donnĂ© rendez-vous. Avec une tempĂ©rature affichant facilement les 35°, il est difficile de tenir en place. Les dix minutes passĂ©es Ă  l’intĂ©rieur nous ont donnĂ© un aperçu d’une techno puissante et d’une foule en dĂ©lire sur un remix de Â«Â I Wanna Go Bang » de Bjarki.  ?

Kink, Crédit Photo : MGKink, trÚs attendu. (Photo : DR)

Mais, osons le dire, le meilleur DJ de cette quatriĂšme Ă©dition est Maceo Plex, qui intervient aprĂšs un Sven VĂ€th en folie et un set acide. DĂšs les premiĂšres notes, Mr Plex nous transporte dans sa techno Ă  la fois froide et douce. Entre frissons et Ă©motions, le Cubain nous surprend en passant la cĂ©lĂšbre musique de fin du film Trainspotting pour ensuite enchaĂźner avec son fameux « Solitary Daze ». Pour le plaisir de tous, il joue les prolongations, il est 7h15 lorsqu’il fait vibrer sa derniĂšre note. ?

Mais au milieu du tumulte, on trouve aussi de la chaleur et de lĂ©gĂšretĂ©. Recondite prouve sans mal que la techno sait s’éloigner du classique 4×4 pour crĂ©er une lumineuse chaleur grĂące Ă  un choix de titres Ă©tonnant mais qui sait nous faire voyager. Il faut dire que le festival nous a bien mis en jambe dĂšs mercredi avec un live haut de gamme de Pantha du Prince, qui nous trottait dans la tĂȘte depuis l’annonce de la programmation. FidĂšle Ă  lui-mĂȘme, le producteur allemand offre des instants dont on s’enivre avec dĂ©lectation. Autre doux moment avec David August, passant juste aprĂšs Laurent Garnier (une prise de risque Ă  saluer du cĂŽtĂ© des programmateurs). Le jeune Allemand Ă  la techno mĂ©lodieuse est venu prĂ©senter son tout nouveau live band avec deux autres musiciens. Son heure de set s’achĂšve en mĂȘlant des sons de batterie, guitare et synthĂ©, laissant derriĂšre lui un public qui en demande encore. Et pour embraser les premiers rayons de soleils, quoi de mieux qu’un set de Kerri Chandler transpirant la sensualitĂ© et l’amour. Le set sera Ă  l’image de sa reprise trĂšs personnelle du « East Orange » de DJ Steaw, distillant des notes de piano groovy. ?

Point Point

Le quatuor devenu trio, Point Point en final Ă  Peacock. (Photo : Tiphaine Lachaise)

Techno toujours pas pareille donc. Brodinski l’a trĂšs bien montrĂ© avec un set empreint de hip-hop, comme souvent chez le patron de Bromance. On y retrouve de nombreux titres issus de son premier album Brava – efficace. Il est difficile de bouger tant la foule est compacte. Autre moment aux touches hip-hop, le set de Point Point qui passe du mythique « Me, Myself and I » de De La Soul, forcĂ©ment tout en rythme Ă  un Â«Â Life In Grey » trĂšs doux. Plus tĂŽt dĂ©jĂ , Four Tet nous avait enchantĂ© avec une douce electronica de haute volĂ©e parsemĂ©e de gros coups techno. SBTRKT en DJ set jouera lui la corde rock Ă  fond tout en plaçant l’air de rien ses propres morceaux. On reste surtout bloquĂ© sur son Â«Â Wildfire », sorti en fin de set et qu’on gardera en tĂȘte jusqu’au lendemain… Et jusqu’Ă  l’annĂ©e prochaine. 

Meilleur moment : À cet homme qui accroche un drapeau tricolore dans la warehouse à la fin du set de Bambounou et Margaret Dygas, merci pour cet hommage plein d’amour pour Nice.

Pire moment : Un groupe à la recherche de pokémons qui te bouscule pendant que tu danses devant le set de Sven VÀth. On se serait presque transformer en Pikachu de colÚre.