Tous les ans, les plus grands festivals du monde annoncent leurs lineups vers le mois de fĂ©vrier. Les Coachella, Primavera et consorts sortent l’artillerie lourde avec un arsenal de groupes A-list plĂ©thorique. Mais depuis quasiment 10 ans, le Pitchfork Festival fait de la rĂ©sistance avec une programmation Ă  total contre-courant, pointue, sobre et Ă©clectique. Cette annĂ©e, une quarantaine d’artistes adoubĂ©s par le mĂ©dia musical alternatif se sont produits dans un petit parc de Chicago. Mais on avoue que c’est Sufjan Stevens, l’enfant de la « Windy City » qui nous a fait prendre nos billets.

Jour 1 : Carly Rae Jepsen Ă  Pitchfork ?!

On arrive Ă  Union Park, un parc municipal au centre de Chicago, juste Ă  temps pour Whitney. La pelouse est dĂ©garnie et la population est Ă  l’opposĂ©e du hype. On entend de loin le groupe d’indie country, le temps de chercher nos tickets boissons et bracelets boissons (faut montrer son ID pour pouvoir picoler au festival). BiĂšres en main (6$), on dĂ©ambule dans les stands en Ă©coutant Julia Holter, dont la voix puissante retentit dans tout le lieu. Les choses sĂ©rieuses commencent Ă  17h45 avec Carly Rae Jepsen, le choix surprenant de Pitchfork. On pensait Ă  « statement » ironique de hipster, mais que nenni, la pop star canadienne dĂ©barque sans niaiseries et fait vibrer la foule : on a explosĂ© les cordes vocales sur « Emotion », levĂ© les bras pour « Run Away With Me » et snapchatĂ© « Call Me Maybe ». L’hystĂ©rie atteint son summum quand elle invite Blood Orange pour chanter « All That », le titre qu’il a produit pour elle. Seul bĂ©mol : le VJing ultra cheap Ă  base de roses noires et le look Desigual / coupe mulet de Carly.

Carly Rae Jepsen – CrĂ©dit : Rainer Torrado

Tout de mĂȘme enthousiasmĂ©s par le concert, on enchaĂźne direct par The Range, la rĂ©vĂ©lation electro du festival. Le producteur sample des titres R’N’B et hiphop d’inconnus sur Youtube pour en faire des titres darks et intenses. Le public de la scĂšne bleue a kiffĂ© autant que nous. On reste sur place pour notre chouchou Shamir. InvitĂ© pour la deuxiĂšme fois consĂ©cutive par le festival, il livre un concert impeccable entre tubes disco et ballades intenses. On termine la soirĂ©e par Beach House. Bien qu’on les ait dĂ©jĂ  vus au Pitchfork parisien, l’expĂ©rience atteint un niveau supĂ©rieur quand on voit le groupe Ă  l’extĂ©rieur. Quel kiff d’Ă©couter « I Take Care », « Zebra » et « Norway » pendant une belle nuit d’Ă©tĂ© Ă  Chicago. On sĂšche notre larme et on quitte les lieux heureux.

Jour 2 : Sufjan Stevens retrouve le sourire 

Blood Orange est – forcĂ©ment – notre premier coup de coeur du 2Ăšme jour. DevontĂ© Hynes invite Empress Of et Carly Rae Jepsen sur la scĂšne rouge du festival. Freetown Sound, son nouvel album, passe nickel en live et on chante en choeur « Augustine » avec lui en essayant maladroitement de voguer comme lui. On croise Shamir dans la foule et on chante avec lui « Best Of You ». Trop d’Ă©motions. On fait un petit dĂ©tour par la scĂšne bleue pour la techno Ă©nervĂ©e et puissante de Jlin – bien qu’on est frustrĂ© par la sono faiblarde, la puissance sonore n’Ă©tait pas Ă  la hauteur de l’Ă©nergie de sa production – en attendant Anderson Paak. Le rappeur prend du retard, on prĂ©fĂšre partir pour chercher un bon spot pour Sufjan Stevens…

…Ah Sufjan. La messe commence Ă  20h30, juste Ă  temps pour le coucher de soleil. Le natif de Chicago commence son set par « Seven Swans » avec ses fameuses gigantesques ailes d’ange. « Je suis en tournĂ©e partout dans le monde depuis plus d’un an avec des chansons qui parlent de mort, de solitude et de coeurs brisĂ©s… Mais je vais jouer des titres un peu plus joyeux pour vous ! » Oh oui ! On en avait besoin. Exit le concert religieux qu’on a pu voir au Grand Rex pour l’album Carrie & Lowell, Sufjan s’est totalement lĂąchĂ©, avec un show comparable Ă  celui de son Olympia 2011. D’ailleurs, il a surtout chantĂ© les titres de son album The Age Of Adz sorti cette mĂȘme annĂ©e. Il a sorti ses plus beaux costumes fluos de chez Party City pour enchaĂźner les chorĂ©s dĂ©lurĂ©es sur « Too Much », « I Walked » et « Vesuvius ». MĂȘme le titre « All Of Me Wants All Of You », de son dernier album dĂ©primant, a reçu un nouvel arrangement pimpĂ©. Seul « Fourth Of July » a Ă©tĂ© chantĂ© sobrement. Le climax de la soirĂ©e Ă©tait la version totale d' »Impossible Soul ». Sufjan – plus BG que jamais d’ailleurs #MenergyVibes – a chantĂ© du haut d’un costume disco Ă©norme les diffĂ©rentes variations de cette Ă©popĂ©e spatiale. Cerise sur le climax : quand il lĂąche « Ok Ladies now let’s get in formation » en rĂ©fĂ©rence Ă  BeyoncĂ© avant de nous achever avec « Chicago ». Et c’est pas fini… « Nous allons finir ce concert par une reprise de Prince – tous les concerts devraient se terminer comme ça ». Et lĂ  bim, « Kiss ». On sĂšche nos larmes et on sort lessivĂ©s de bonheur.

Sufjan Stevens – CrĂ©dit : Rainer Torrado

Jour 3 : Neon Indian, Prince sous hélium

Le dernier jour, on arrive Ă  temps pour la fin du set discool des Holy Ghost!. On zappe Empress Of – mais on nous dit qu’elle aussi a samplĂ© « Formation » – pour le deuxiĂšme meilleur concert du festival : Neon Indian ! Le mec dĂ©barque sur scĂšne totalement dĂ©terminĂ© avec sa chemise Etudes. Le regard perçant, Alan Palomo donne tout avec un chant parfois agressif mais une Ă©nergie folle. Le magicien psychĂ© joue quasiment tout son dernier album pour enchaĂźner avec ses deux premiers tubes « Deadbeat Summer » et « Polish Girl ». L’esprit de Prince sous hĂ©lium Ă©tait prĂ©sent avec nous. Le reste du festival Ă©tait anecdotique avec un Jeremih en mode tunning, un Miguel mignonnet, et une FKA Twigs boring. Qu’importe, c’Ă©tait un festival gĂ©nial.


Shamir prend la pose – CrĂ©dit : Rainer Torrado

Bonus : histoire d’ĂȘtre complĂštement prĂ©parĂ© pour l’annĂ©e prochaine, rapide liste de bons plans Chicago

#MustEat : Goddess and Grocer. Dites Ă  Debbie que vous venez de notre part, vous aurez peut ĂȘtre des French Fries gratos. Le yummy burger asiatique Umami et Angry Crab pour une orgie de seafood.

#MustDrink : le bar Danny’s pour une ambiance feutrĂ©e. Tous les cool kids sont lĂ  bas le mercredi soir.

#MustParty : Le Smart Bar, le club le plus cool de Chicago pour une house/techno locale.

#QuartierCool : Damen, plein de spots sympas pour flĂąner et chiner dans de jolies boutiques.

Par Fadhel Azouzi, fondateur du magazine Les Tambours