Un vendredi hip-hop et bass music, versus un samedi Ă©lectronique : pour fĂȘter sa majoritĂ©, Marsatac a dĂ©cidĂ© de sĂ©parer clairement ses deux univers pour une Ă©dition « entre chiens et loups »… Ce qui avait de quoi rendre sceptique. Le public ne risque-t-il pas d’ĂȘtre hyper diffĂ©rent d’un soir Ă  l’autre ? Est-ce qu’on ne se lasse pas rapidement d’une soirĂ©e monomaniaque ? Eh bien non, au contraire : se rĂ©server un vendredi soir pour des concerts de lĂ©gendes hip-hop, pour ensuite se dĂ©fouler samedi (et souffrir comme il faut dimanche), c’est Ă  peu prĂšs l’idĂ©e qu’on se fait d’un week-end parfait aprĂšs ces deux jours Ă  Marseille. Feuille de route, en deux temps, d’abord chiens, puis loups – Ă  moins que ça ne soit l’inverse ?

Vendredi : la rĂ©vĂ©lation KillASon, Chinese Man Ă  domicile et passion Wu-Tang

Le temps de dĂ©barquer de Paris et de manger un super bon repas dans un resto du coin (le Longchamp Palace, on recommande !), et c’est dĂ©jĂ  l’heure de rejoindre la Friche La Belle de Mai. Ce n’est pas la premiĂšre fois que le festival investit ce lieu aux dĂ©cors industriels, nombreux escaliers et dĂ©tours, et ça lui va drĂŽlement bien : projections du teaser « entre chiens et loups » sur plusieurs grands murs, installation complĂštement trippĂ©e signĂ©e Burn, lumiĂšres disposĂ©es sur tous les Ă©chafaudages disponibles… Entre Marseille et Berlin, la Friche est un bien bel Ă©crin.

TrĂȘve de visite, dĂ©jĂ  les premiĂšres notes du concert d’Odezenne rĂ©sonnent Ă  la Cartonnerie. « Vodka », « Tu Pu Du Cu », « Je veux te baiser » (« classĂ© numĂ©ro 1 dans l’Etat Islamique », blague le groupe)… Leurs morceaux les plus connus fonctionnent trĂšs bien, les lumiĂšres sont impeccables et la foule s’Ă©chauffe doucement. Car les Marseillais sont surtout venus en masse pour applaudir les enfants du pays : les Chinese Man, exceptionnellement accompagnĂ©s des impeccables MCs Tumi et Youthstar. Une vraie communion, que ce soit sur une version dub de « Racing With The Sun », avec son Ă©quivalent dubstep et drum’n’bass, sur le bien connu « I’ve Got That Tune » ou quand des danseurs dĂ©barquent sur scĂšne pendant « Ronin ». Quiconque Ă©tant un chouia habituĂ© Ă  Solidays a dĂ©jĂ  dĂ» voir les Chinese Man un bon paquet de fois. Et pourtant, jamais on ne les a trouvĂ©s aussi bons qu’Ă  cette Ă©dition de Marsatac.

Raekwon. CrĂ©dit : Florian Gallene

Mais l’Ă©vĂ©nement de ce soir nous vient de bien plus loin et s’appelle Ghostface Killah & Raekwon. Oui oui, du Wu-Tang Clan. Les deux n’ont pas lĂ©sinĂ© sur les grands classiques (Ă  l’image de « C.R.E.A.M. », repris en choeur par le public), le DJ est ni trop prĂ©sent ni effacĂ©… Des battles de danse hip-hop Ă©clatent mĂȘme spontanĂ©ment Ă  l’arriĂšre de la salle ! L’apothĂ©ose. Tout le monde est en nage, les yeux brillants. A croire que les loups se trouvent plutĂŽt au premier rang des concerts hip-hop, tandis que les mignons petits chiens s’amuseront le lendemain avec de la techno. Et ce n’est pas le charismatique KillASon qui nous fera dire le contraire, seul sur scĂšne, enchaĂźnant rap, chant (sans autotune, merci) et pas de danse singuliers – on dirait du voguing complĂštement naturel, ce qui est un petit exploit en soi.

Samedi : Agoria en back-to-back avec Louisahhh, Richie Hawtin en prophĂšte et Comah plaisir coupable

AprĂšs un tel vendredi soir, on se dit que c’est dĂ©jĂ  tout cuit : c’est sur le hip-hop que Marsatac a tout raflĂ© cette annĂ©e. Mais on s’est peut-ĂȘtre un peu trop prĂ©cipitĂ©. Car ce samedi Ă©lectronique Ă©tait un bonheur pour les yeux et les oreilles. Pour les oreilles d’abord, avec un set « pas prĂ©paré » d’Agoria en B2B avec Louisahhh, une formule dĂ©jĂ  testĂ©e au Panoramas Festival. Un set gĂ©nĂ©reux et fin : personne ne tire la couverture Ă  lui mais les deux n’oublient pas non plus d’ĂȘtre efficaces non plus. Qu’est-ce que ça doit ĂȘtre quand ils prĂ©parent ! Dans un autre registre, Flavien Berger nous aura Ă©galement gĂątĂ©, chantant son « Tresor » assis au milieu de la foule. Mais aussi plaisir pour les yeux, avec Richie Hawtin en live. Il a la lumiĂšre dans le dos de sorte que sa silhouette toute fine se dessine en ombre chinoise. Les bras Ă©cartĂ©s, chaque main sur un clavier, derriĂšre lui un Ă©cran diffusant en direct les images dĂ©formĂ©es de ses bidouillages Ă©lectroniques… Le « prophĂšte » en est hypnotisant, mĂȘme si un peu trop linĂ©aire musicalement. Du linĂ©aire, il y en a surtout du cĂŽtĂ© de MSTRKRFT. PenchĂ© sur ses machines, le duo dĂ©livre une heure de live-qui-tape, sans trop de finesse ni de temps de repos pour le danseur. On quitte ce gras shoot de testostĂ©rone pour retrouver French 79, bien plus aĂ©rien, accro au nappes et profondĂ©ment feel-good. Tout le festival semble s’ĂȘtre donnĂ© rendez-vous dans le petit Cabaret AlĂ©atoire pour l’Ă©couter – Ă  raison.

Crédit : Sih Moon

Chez Chris Liebing aussi, il y a du monde. A tel point que les vigiles sont obligĂ©s de bloquer la foule Ă  l’entrĂ©e du Club, dont la jauge est limitĂ©e Ă  1900 personnes. Ca rĂąle bien sĂ»r un petit peu, mais finalement la situation est rĂ©glĂ©e un quart d’heure plus tard. C’est le seul moment du week-end oĂč on a vraiment eu conscience qu’il y a une organisation derriĂšre tout ça : quand tout roule, aucune raison d’y penser. Quoiqu’au Cabaret AlĂ©atoire, sur les coups de 3h15, les pompiers ont l’air d’ĂȘtre un peu en panique. La petite salle est bondĂ©e, et une bonne partie du public a l’air d’ĂȘtre victime d’une crise d’Ă©pilepsie accompagnĂ©e de gros cris sourds. Sauf que tout normal… C’est juste Comah qui commence. Alors oui bien sĂ»r, il y a plus subtil que les sets du jeune Français. Mais rarement plus jouissifs aussi. Et c’est une meute qui hurle une heure plus tard. Certains finiront la nuit devant Marcel Dettmann, mais nombreux sont ceux qui iront se coucher : c’est Ă©prouvant d’ĂȘtre un loup pendant deux jours.

Meilleur moment : regarder Agoria et Louisahhh, quasiment les premiers Djs du week-end Ă  montrer Ă  quel point ils kiffent.

Pire moment : chercher un bon spot Ă  la Cartonnerie qui, quand elle n’est pas pleine, embĂȘte un peu les oreilles avec de l’Ă©cho.