Il nous a fallu du temps pour nous en remettre, surtout qu’on est revenu de Budapest avec un bon rhume, la faute Ă  un orage le dimanche soir. Mais ça y est, on a l’esprit suffisamment clair pour vous proposer ce bilan de notre Sziget. Un truc totalement subjectif et largement incomplet car l’évĂ©nement est si vaste, avec des propositions et des publics si divers, qu’il y a autant de perceptions diffĂ©rentes que de participants.

On a regroupĂ© cela en trois points. D’abord en revenant sur ce qu’on a aimĂ© – et aussi sur ce qu’on a dĂ©testĂ© – dans cet Ă©vĂ©nement hors norme. Ensuite, avec AndrĂĄs DerdĂĄk, responsable France du Sziget, on fait le point sur les rapports privilĂ©giĂ©s du public français avec le festival et l’aspect trĂšs international de celui-ci, parfois au dĂ©triment des locaux. Enfin, parce que l’évĂ©nement se tient en plein cƓur de Budapest, on vous indique quelques bons plans Ă  ne pas rater dans la capitale hongroise.

 1. Ce qu’on a aimĂ©/ dĂ©testĂ©

C’est la premiĂšre annĂ©e que Tsugi couvrait le Sziget – et on l’espĂšre pas la derniĂšre – et ce qui nous a marquĂ© bien sĂ»r en premier lieu sont les dimensions hors normes de l’évĂ©nement. Jusqu’à 90 000 personnes par jour, une vingtaine de scĂšnes « officielles » dont la Main Stage qui peut accueillir Ă  elle seule les trois quart des festivaliers, des centaines de bars et points de restauration dont certains se transforment, la nuit, en scĂšnes officieuses. Et puis Ă©normĂ©ment d’animations dĂ©passant le simple cadre musical, du théùtre de rue, du cirque, des spectacles de danse, des installations artistiques, ludiques ou les deux Ă  la fois, des terrains de sports
 Le tout pendant une semaine. 7 jours. 7 nuits.

Non Stop. Une ville dans la ville, un Etat dans l’Etat. Hors du temps. Hors de la rĂ©alitĂ©. Quand on rentre au Sziget, on met de cĂŽtĂ© son quotidien, sa nationalitĂ©, ses peurs, ses projets. On vit l’instant prĂ©sent. C’est plus qu’un simple festival, ce sont, de l’expression mĂȘme des organisateurs, des « vacances festives ». Alors Ă©videmment le cĂŽtĂ© massif, populaire de l’évĂ©nement fait qu’on y trouve de tout, du bon, du moins bon et du franchement mauvais. Pas au niveau de l’ambiance, elle a Ă©tĂ© trĂšs bon enfant, du dĂ©but Ă  la fin, pas d’embrouilles, des gens de toute l’Europe, voir du monde entier, qui se parlent, qui trinquent, qui dansent ensemble.

Par contre, lĂ  oĂč on a eu du mal c’est avec certaines propositions « artistiques ». Avec l’EDM en particulier. Elle Ă©tait lĂ , omniprĂ©sente, surtout Ă  la nuit tombĂ©e. Sur la Main Stage avec des Avicii et des Martin Garrix, devant une foule innombrable se filmant avec des selfie sticks. Dans un immense chapiteau, la Telekom Arena, avec des DJ’s hollandais ne faisant pas dans la finesse. Et puis dans pas mal de bars aussi avec des filles faisant du twerk sur des podiums. Impossible de lui Ă©chapper. Par le simple fait de vous rendre d’une scĂšne qualitative Ă  une autre, vous ĂȘtes obligĂ© de passer devant. VoilĂ  ce qui nous a un peu gonflĂ© pendant le Sziget, constater le triomphe de cette chose qui parodie une vraie culture, celle que l’on dĂ©fend depuis tant d’annĂ©es dans les pages de notre magazine, la culture de la musique Ă©lectronique. VoilĂ  pour le gros point nĂ©gatif car pour le reste on a quand mĂȘme bien kiffĂ© les quatre jours passĂ©s sur « L’ile de la LibertĂ© ». DĂ©jĂ  parce qu’il y avait, Ă  cĂŽtĂ© de toute cette soupe EDM, une vraie scĂšne Ă©lectro, le Colosseum. On y a vu Dixon, Dettmann, Function, Ellen Allien, Damian Lazarus dans l’un des espaces les mieux scĂšnographiĂ©s de tout le festival : une arĂšne de plusieurs mĂštres de haut construite Ă  partir de palettes en bois. Et on a Ă©tĂ© assez fier de voir que l’artiste qui a le plus attirĂ© de fĂȘtards ici fut Vitalic, pour un live assez percutant mĂȘme si nous n’y avons pas vraiment entendu d’inĂ©dits.

Une deuxiĂšme scĂšne a attirĂ© notre attention, l’A38, en rĂ©alitĂ© un immense chapiteau pouvant accueillir 12 000 personnes soit deux ZĂ©nith. Le rock froid et incisif d’Interpol y a notamment fait des merveilles tout comme Fauve, pour l’une de leurs premiĂšres scĂšnes internationales. Le public français Ă©tait lĂ , en masse, mais pas que, le groupe s’amusant d’ailleurs Ă  faire les comptes de qui Ă©tait en mesure de comprendre leurs paroles. On a eu de bons moments aussi sur la Main Stage, avec des groupes rock, Kasabian en tĂȘte. Bon par contre on ne vous le cachera pas : on a oubliĂ© de passer voir Major Lazer. ParaĂźt que Diplo, installĂ© dans une boule transparente, s’est fait porter par la foule. Tant pis pour le spectacle. Mais ce qu’on a peut-ĂȘtre le plus aimĂ© lors du Sziget, c’est la surprise, la bonne surprise, en se baladant sur des scĂšnes secondaires. Bloquer sur un groupe hongrois reprenant les Stones avec conviction. Rester un long moment sur la scĂšne world Ă©couter un groupe venu des Balkans en famille, avec le petit dernier improvisant un numĂ©ro de claquettes. Se poser au coin d’un feu au son d’une chanteuse folk. Se perdre dans des mixes dub sur la scĂšne afro-reggae. Il y a de tout au Sziget. Il y a toujours un endroit oĂč trouver de l’inattendu. Et c’est ça qui est bien.

2. Le Sziget et la France : interview d’András Derdák
PrĂ©sent sur le Sziget depuis la toute premiĂšre Ă©dition en tant que programmateur, AndrĂĄs DerdĂĄk en est aujourd’hui l’un des directeurs internationaux. Sa mission : faciliter la venue du public et des artistes français. Rencontre sur un coin de table de l’ApĂ©ro Camping, l’espace qui leur est plus particuliĂšrement dĂ©diĂ©.

Il y a beaucoup de français dans l’enceinte du festival, tu as une idĂ©e prĂ©cise de leur nombre ?

On a entre 80 000 et 90 000 personnes sur le site chaque jour et les français représentent 10 % des festivaliers donc environ 8000 personnes. Ce chiffre est en fait celui de la francophonie, mais le nombre de belges, suisses voir québécois est tout à fait négligeable par rapport aux français.

Comment expliques-tu que les français soient si attachés à un festival se déroulant à 1500 kilomÚtres de chez eux ?

Au-delĂ  de l’ambiance, de la taille, de la programmation, des prix attractifs, de la rĂ©putation du Sziget Ă  l’international, le festival a une histoire particuliĂšre avec le public français. Cela, on le doit Ă  Kristina Rady, l’ex-compagne, aujourd’hui dĂ©cĂ©dĂ©e, de Bertrand Cantat. C’est elle qui a assurĂ© la promotion en France pendant des annĂ©es et qui a fait venir de nombreux artistes français. Ce sont donc les jeunes français qui les premiers ont dĂ©couvert le Sziget Ă  la fin des annĂ©es 90. Depuis ils se sont fait doubler par les hollandais qui sont prĂšs de 17 000 cette annĂ©e et par les anglais qui sont environ 9000. La frĂ©quentation ne s’arrĂȘte d’ailleurs plus Ă  la seule Europe. Nous accueillons dĂ©sormais un millier d’australiens, c’est quand mĂȘme fou !

Cette internationalisation du public du Sziget ne se fait-elle pas au dĂ©triment des hongrois ? Les prix d’entrĂ©e du festival sont dĂ©sormais difficilement accessibles pour les locaux


Les hongrois achĂštent plutĂŽt des tickets Ă  la journĂ©e et non des pass semaine donc les chiffres sont difficilement comparables. Cela dit le nombre de hongrois a augmentĂ© cette annĂ©e, ils sont entre 10 000 et 15 000 par jour. Mais le Sziget est un festival europĂ©en voir international, on n’a pas de problĂšme avec ça. On accueille plus de 89 nationalitĂ©s diffĂ©rentes ici, on est ravis. Si on pratiquait des prix plus bas, on ne pourrait pas offrir la mĂȘme qualitĂ© de prestation et les gens diraient que le festival n’est plus intĂ©ressant. Il faut aussi voir que les prix des artistes ont considĂ©rablement augmentĂ© ces derniĂšres annĂ©es. Aujourd’hui les cachets reprĂ©sentent prĂšs de la moitiĂ© du budget global de l’évĂ©nement. En 2015 on a augmentĂ© de deux millions d’euros le budget allouĂ© aux artistes alors que le niveau de la programmation n’a pas Ă©normĂ©ment Ă©voluĂ©. On a mĂȘme dĂ» passer Ă  la trappe la scĂšne mĂ©tal. Cela nous coĂ»te de plus en plus cher de conserver un niveau artistique Ă©quivalent. Mais, si on ne communique pas trop lĂ -dessus Ă  l’extĂ©rieur, on fait quand mĂȘme des actions pour les hongrois, avec l’aide de sponsors. Si tu es hongrois, Ă©tudiant et que tu viens avec un groupe de dix personnes, tu paieras moitiĂ© prix.

Revenons aux français. Depuis quelques annĂ©es il existe un espace qui leur est dĂ©diĂ© « L’ApĂ©ro Camping » oĂč l’on peut trouver de la restauration française, du pastis, de la pĂ©tanque. N’est-ce pas un peu anachronique dans un Ă©vĂ©nement qui a justement comme intĂ©rĂȘt la dissolution des identitĂ©s ? Chacun devenant en quelque sorte un « citoyen du Sziget » 

Cela rassure certaines personnes. Surtout que les français, et les latins en gĂ©nĂ©ral n’ont pas un super bon niveau en anglais. L’idĂ©e Ă©tait donc de leur proposer avant tout un point d’information en français. Il y avait aussi une demande pour des campings plus calmes, plus sĂ©curisĂ©s et avec plus de confort que le camping de base qui consiste Ă  se poser Ă  peu prĂšs oĂč l’on veut sur l’Ile. On a donc montĂ© cet espace avec une thĂ©matique française et il faut croire que la demande est lĂ  car on avait 1500 personnes l’annĂ©e derniĂšre et 2200 cette annĂ©e. Mais le camping n’est absolument pas rĂ©servĂ© aux français oĂč aux francophones. L’idĂ©e est de proposer une « ambiance française » mais elle est ouverte Ă  tous. Des hongrois, des hollandais ont posĂ© leur tente ici. Il y a un camping « italien » sur le mĂȘme principe oĂč l’on peut y manger de bonnes pizzas. En fait, 2/3 de ses rĂ©sidents sont des hollandais !

Le fait qu’il y ait autant de français influence t’il la programmation du festival ? Evidemment. C’est d’ailleurs une partie de mon job Ă  l’annĂ©e. MĂȘme si c’est la direction hongroise qui booke tous les groupes je fais des propositions, qui sont retenues ou non. Je vis en France donc je vois mieux ce qu’il se passe, je me tiens au courant de ce qui marche. On peut ainsi proposer en avance des artistes trĂšs forts localement qui vont exploser ensuite Ă  l’international. L’un des meilleurs exemples est Stromae. L’an dernier il a jouĂ© dans un chapiteau de 12 000 personnes. Il y en avait presque autant qui attendaient Ă  l’extĂ©rieur, faute de place.

3/ Les bons plans de Budapest

Que vous veniez pendant ou en dehors du festival, la ville de Budapest fourmille de bons plans, qu’ils soient artistiques, festifs ou purement touristiques. Voici quelques incontournables :

Les Bains A Budapest, les bains/thermes sont une vĂ©ritable institution, des lieux de sociabilitĂ© comme le sont les cafĂ©s chez nous. IdĂ©al pour se dĂ©tendre aprĂšs une journĂ©e de marche en ville ou une nuit Ă  faire la fĂȘte au Sziget.

Les Ruin Pubs  Contrairement aux Bains il ne s’agit pas d’une vieille tradition Ă  Budapest, les Ruin Pubs Ă©tant apparus aprĂšs la chute du mur voir mĂȘme durant les annĂ©es 2000. Il s’agit de bars ouverts dans des immeubles abandonnĂ©s oĂč se rĂ©unit la jeunesse Ă©tudiante locale. On y apprĂ©cie aussi la dĂ©co, souvent faite de matĂ©riaux de rĂ©cupĂ©rations et les tarifs raisonnables des consommations.

L’A38  C’est un peu le Batofar local. Bar et salle de concert installĂ©s sur une ancienne pĂ©niche ukrainienne, la programmation y est plutĂŽt indie et Ă©lectro, donc on valide. Le lieu a Ă©tĂ© Ă©lu « meilleur bar du monde » en 2012 par le Lonely Planet et a donnĂ© son nom Ă  l’un des scĂšnes les plus excitantes du Sziget.

Le Danube et ses ponts  Parce que le Danube est un fleuve majestueux, qu’on trouve sur ses rives certains des plus beaux bĂątiments de Budapest comme le Parlement, que les ponts qui le traversent ont sacrĂ©ment de la gueule, on ne saura trop vous conseiller une petite ballade, la nuit de prĂ©fĂ©rence pour profiter des Ă©clairages.